La nuit tombait déjà lorsque nous sommes arrivés en vue de notre île. Le vent avait repris afin de nous porter, car je pouvais me mettre à grandir d’un moment à l’autre. A califourchon sur mon ami Vini, je ne pouvais savoir si c’était le vent du Sud ou celui qui soufflait du Nord.
“C’est quel vent, celui-ci?” criais-je dans l’oreille de mon ami.
Et j’eus la surprise d’entendre la réponse venir du vent lui-même:
“Mon nom est plein de fleurs sauvages,
de torrents et de forêts,
d’écumes et de nuages.
Appelle-moi comme tu voudras!”
“Alors, je t’appellerai ATA” Cela parut lui convenir, car il se mit à nous bercer, jusqu’à nous endormir…
Un peu avant minuit, je me réveillai dans mon lit! J’étais de retour à la maison et ma taille était celle d’un petit garçon normal. Avais-je tout rêvé? Vini et Bernard l’Hermite n’avaient-ils jamais existé?
Ma chambre était inondée de lune et j’entendais des bribes de chants de Noël monter des églises qui entouraient l’île. Mais mon coeur était lourd de tristesse.
Comme chaque nuit de Noël, je me levai et allai me poster près de la fenêtre pour tenter de surprendre le Père Noël. Je n’avais pas beaucoup d’espoir, car aucun de mes amis n’avait encore réussi à le voir arriver de son long voyage, encore moins à le voir distribuer des cadeaux!
Pourtant, une lumière dans le Aíto qui s'élève sur la plage attira mon attention… Un halo crémeux et rouge qui enveloppait notre bel arbre de Noêl.
J’enfilai vite mes savates et dégringolai les escaliers, le coeur battant: j’avais plein de bonheur dans les jambes et du bonheur plein la tête!
Sur la plage, je dus m’arrêter un instant car le Coq me salua noblement:
“Joyeux Noël, Petit Teva!”
Je comprenais son langage! Etait-ce possible que tout soit vraiment arrivé?
Près du Aíto, je fermai les yeux de peur d’être cruellement déçu. Mais une voix fluette comme celle du vent murmura :
“Chut! Ça n’est que pour cette nuit! Tu peux quand même rester sans ton coquillage une nuit!”
Je reconnus la voix de Bernard l’Hermite lorsqu’il bougonna: “Tout de même, servir de décoration de Noël, c’est d’un ridicule!”
Et là… devant moi, la grosse lanterne en soie rouge se balançait sur une branche du Aíto tandis que Vini me lançait un autre petit clin d’oeil complice et les deux compères s’écrièrent ensemble dans la nuit étoilée:
“Joyeux Noël, Teva!”
Voilà, mon histoire est terminée.
Pourtant, depuis ce jour de Noël, l’Esprit du Coq s’est égaré plusieurs fois.
Et chaque fois, le Coq m’a demandé d’aller le lui ramener. Je peux vous dire que je n’ai jamais refusé et j’ai vécu des aventures que je vous raconterai… Une autre fois.


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